Conseil d'Administration : Déclaration Liminaire

28/11/2018

 

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les membres du Conseil d’Administration,


Ce mercredi 28 novembre 2018, se tient le dernier Conseil d’Administration de l’année 2018.

 
Cette année restera marquée à jamais pour les personnels de l’Administration Pénitentiaire. En effet, le mouvement social d’ampleur de janvier 2018, laissera des traces indélébiles au sein des détentions et des services. Notre profession a payé un lourd tribut par des suspensions et des sanctions financières. Elle aura vu se creuser un fossé entre les personnels pénitentiaires et notre administration.

 
Le relevé de conclusions, faisant suite à ce mouvement et signé par une seule organisation syndicale pour des rustines, aura des conséquences désastreuses à plusieurs niveaux, et à commencer par l’Énap.

 
Malgré une campagne publicitaire sans précédent pour vanter le métier de surveillant, nous avons pu constater une désaffection sans précédent des candidats au concours du 15 janvier 2018, confirmée lors de celui du 5 septembre 2018, avec à peine 20% de participants, alors que les coûts d’organisations sont exorbitants (location de salles, mise à disposition de personnels…).

 
La chancellerie a voulu un recrutement, coûte que coûte, de deux promotions d’environ 948 élèves chacune. Afin de ne pas décevoir la Garde des Sceaux, certains lauréats de ce concours, avant péréquation, ont été pris avec des notes de 2/20 ou des avis négatifs des psychologues.

 
Pour exemple, certains d’entre eux rencontrent des difficultés importantes en français, ne serait-ce que pour rédiger un changement de chambre. Qu’en sera-t-il quand il s’agira de renseigner les documents administratifs de rigueur en établissement ?

 
Plus grave encore certains de nos élèves n’ont fait l’objet d’aucune enquête administrative, ou cette dernière a été communiquée à l’Énap quand la scolarité de la promotion a débuté. Qu’en est-il réellement de la vérification des casiers judiciaires, surtout quand ils ne sont pas vierges ?

 
Suite aux retards de ces réponses, des élèves doivent quitter la formation sur injonction de la centrale avant d’être réintégré sur une future promotion ! Que d’improvisation !

 
Que dire des entorses aux principes de laïcité sur le campus que les élèves nous font remonter.

 
Nous tenons à préciser que les élèves ont accès à des armes lors de séances de tir ainsi que dans nos détentions.

 
Les contingents atteints, il n’y avait plus qu’à trouver un remède pour former ces futurs personnels dans une école sous dimensionnée. Pour ce faire il a été décidé de ramener la formation de 8 à 6 mois, alors que c’est l’inverse qui aurait dû être mis en oeuvre, en portant cette scolarité à 12 mois afin de pallier les carences des élèves exprimées ci-dessus.

 
Les conséquences de ces promotions au nombre sans précédent, sur la formation sont donc multiples :

 
• De plus en plus de cours en amphi obligent les élèves, dont c’est une première pour la majorité d’entre eux, à se battre pour être aux premières places sous peine de ne pas entendre les intervenants.

 
• Ces cours magistraux sont en inadéquation totale avec le profil de nos élèves, ceux-ci sont perdus et demandent plus de cours en petits groupes pour pouvoir interroger plus facilement leurs formateurs.

 
• Des problèmes de compréhension de plus en plus évidents chez de nombreux élèves, que les formateurs n’ont pas pu anticiper tellement ils sont importants !

 
• Des files d’attentes interminables au restaurant administratif le midi, mènent certains élèves à « sauter » leur seul repas gratuit de la journée pour ne pas écoper des 10 points pour retard au cours de l’après-midi.

 
• Les conditions d’hébergement sont indignes d’une école de service publique, avec de plus en plus de problèmes de cohabitations à régler, et une insalubrité jamais connue jusque-là.

 
Tel est le quotidien d’une école totalement déshumanisée où le quantitatif prévaut sur le qualitatif.

 
Cautionner ces choix politiques, c’est mépriser cette profession.

 
Bon nombre de Formateurs et de Responsables de Formation, tant à l’Énap qu’en établissement, ne se retrouvent plus dans ce fonctionnement. Il ne leur est plus donné le temps d’accompagner convenablement ces futurs surveillants, et ils ont l’étrange impression d’être les seuls à se préoccuper du devenir de ces agents.

 
Mais les difficultés ne sont pas focalisées, malheureusement, que sur la formation des élèves surveillants.

 
La CAP des adjoints administratifs (A.A) s’est terminée le vendredi 19/10. Pour rappel 12 postes d’A.A. étaient ouverts sur l’Énap. Finalement, 4 arrivées pour 2 départs et une mobilité interne. On reste donc toujours avec un sous-effectif de 10 postes d’A.A. Pour rappel également, dans la cadre du budget 2019, nous avons « gracieusement » obtenu la création de 20 ETPT pour faire face à des recrutements sans précédent, faut-il le rappeler.

 
Si nous additionnons ces 2 chiffres, ce n’est pas 20 postes qu’il faut pourvoir, mais dorénavant 30, sans parler des manques dans les autres corps. On s’approche donc de l’estimation du SLP-FO Énap, qui est d’un besoin supplémentaire minimum de 40 emplois, afin que la formation dispensée soit de qualité ; en dessous nous serons encore dans « l’abattage » !

 
De même, cette dernière CAP a démontré l’effet pervers, dénoncé par le SLP-FO Énap, de la suppression de la Prime de Sujétion Spéciale (PSS)/Énap à certains personnels, dont font partie les Personnels Administratifs (PA), les Personnels Techniques (PT)… Pour obtenir cette dernière, des agents font le choix, car ils n’en n’ont pas d’autres, de quitter l’Énap afin de muter sur des services déconcentrés pénitentiaire. Cette première mobilité a le don de désorganiser les services dans lesquels ils étaient affectés, car ils ne sont pas toujours remplacés.

 
Par la suite, à très juste raison, soutenus et accompagnés par le SLP-FO Énap, ces agents, PSS en poche, demandent à faire le chemin inverse, et du coup quand ils obtiennent satisfaction, c’est le service quitté, très souvent la MA AGEN, qui se trouve en grande difficulté pour fonctionner. Sachant que pour certains postes (régie des comptes nominatifs, économat…), l’expertise ne s’acquiert qu’au fil des années.

 
Cette situation ubuesque confirme l’adage « pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ». Pour le SLP-FO Énap, la solution est toute trouvée : modification législative pour l’attribution de la PSS pour TOUS les personnels de l’AP quel que soit leur lieu d’affectation. Vouloir c’est pouvoir, mais y-a-t-il une véritable volonté de la part de la DAP de défendre les personnels « énapiens » ?

 
Pour revenir aux personnels administratifs, depuis qu’ils sont affiliés au secrétariat général, il n’est plus fait référence à aucune réforme statutaire et indemnitaire. Doivent-ils comprendre que le fait d’être A.A., SA ou attaché d’administration, les oblige à stagner et donc à régresser ? Qu’ont-ils fait pour mériter autant de mépris ?

 
Le même adage peut être affublé au « pseudo » plan de requalification de seulement une partie du corps d’encadrement et d’application (CEA) et du corps de commandement. En date du 09/10, le SLP-FO Énap questionnait sur le devenir des gradés et officiers de l’Énap, face à cette véritable usine à gaz statutaire et indemnitaire et surtout régression sociale. Près de 2 mois plus tard, n’ayant pas de réponses, on peut présager que ce lourd silence n’augure rien de bon pour les principaux concernés. Les promesses n’engageant que ceux qui y croient, combien de collègues resteront sur le « carreau » ?

 
La position de FO pénitentiaire n’a pas varié d’un iota : TOUT le CEA en catégorie B, TOUS les officiers en catégorie A (voir écrit en date du 09/10). Et ce n’est pas négociable, tant sur l’Énap, qu’au niveau national.

 
Après plus d’une année de perdue, les CPIP devraient quant à eux, à juste titre, basculer en catégorie A en 2019. Nous espérons que le conditionnel n’aura plus lieu d’être à la date indiquée. Si c’est le cas, nous réitérons notre questionnement quant à savoir quel sera leur positionnement à partir de ce moment : quelle sera leur position statutaire au regard de leur fonction actuelle de Responsable de Formation ? Seront-ils tous nommés chefs de service sur l’Énap ? Pourront-ils être nommés en qualité de chef de pôle de formation ? De CURFQ ?

 
Au regard de leur faible nombre sur l’Énap, la situation de nombreux personnels n’est jamais évoquée (psychologues, agents de la médiathèque, de l’accueil, de la recherche….), alors qu’ils font partie intégrante de l’école. C’est tout à fait regrettable car ils concourent également à la marche « énapienne ». Pour exemple, il est prévu qu’un corps de psychologues du Ministère de la Justice soit créé, mais ceux de l’Énap se heurtent au fait qu’on leur refuse cette appellation au niveau local.
Allez comprendre !


Et que penser de la gestion des Personnels Techniques ? En 2019, cela fera 20 ans qu’ils n’auront eu aucune modification de leur statut. Devront-ils attendre encore autant d’années, afin qu’ils puissent prétendre à ce qui leur est dû ?


Un mot, avant de conclure, sur les risques psycho-sociaux existants sur l’Énap. Aujourd’hui le cas de la responsable de l’unité coordination des moyens est un parfait exemple du mal être des personnels. Envisager son remplacement, alors même qu’elle est en arrêt, ne peut être accepté par des représentants des personnels dignes de ce nom. Cela fait d’ailleurs l’objet d’un consensus syndical.


Vous pouvez constater, Mr le Président, même si la situation sur l’Énap ne peut être comparée à ce que subissent nos collègues des établissements et des SPIP, que nous ne pouvons laisser sous silence les faits que nous venons d’énumérer.


Les personnels et les élèves de l’Énap méritent autant de respect et de considération que les autres personnels de la pénitentiaire.

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