Lettre Ouverte à Madame Nicole Belloubet, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice

 

 

Madame la Garde des Sceaux, Ministre de la Justice,

 

Suite à votre engagement du mardi 16 janvier dernier, lors d’une visite tardive, vous vous êtes de nouveau présentée au Centre Pénitentiaire de Vendin-le-Vieil ce jeudi 15 mars 2018. Effectivement nous ne pouvons que remarquer l’intérêt porté à notre établissement depuis la grave agression à caractère terroriste qu’on subit nos quatre collègues.

 

Néanmoins, il nous apparait opportun de préciser qu’il aura fallu attendre que des Fonctionnaires Pénitentiaires soient victimes d’un acte de terrorisme et touchés dans leur chair, pour que notre Ministère et notre Administration, peinent à prendre conscience du malaise profond qui gangrenait cet établissement.

 

Nombreux ont été nos appels et nos cris d’alertes concernant le fonctionnement de ce Centre Pénitentiaire. Depuis l’ouverture en janvier 2015, nous dénonçons ; l’absence d’un projet d’établissement réel et efficient, le manque de ressources humaines, la mauvaise gestion de la détention, l’absence de communication entre Personnel, l’absence de considération et de soutien aux agents de terrain.

 

Le Syndicat Local FORCE OUVRIÈRE n’a jamais cessé de dénoncer cette forme de léthargie directionnelle et managériale de tout niveau, qui nous a mené notamment et sans nul doute, à cette crise majeure. Provoquant en tout premier lieu des répercussions importantes sur les Personnels. Qu’elles soient humaines ou voire même physiques, il était inconcevable de laisser perdurer ces infamies indéfiniment.

 

Depuis votre venue et la rédaction des 10 mesures, nous avons tâché de prendre part à la mise en œuvre de ses mesures. Or à ce jour, un certain nombre reste sans réponse et nous le regrettons amèrement (effectifs, projet d’établissement…).

 

Le Syndicat Local FORCE OUVRIÈRE restera on ne peut plus vigilant et mobilisé quant à la mise en œuvre des promesses qui ont été formulées par vos soins aux personnels le 16 janvier 2018.

 

Ces Femmes et ces hommes sont les garants de la bonne continuité du service public pénitentiaire et de l’application de la loi. A ce titre, ils méritent respect, considération et soutien face aux difficultés qu’ils rencontrent dans l’exercice de leur mission régalienne. Ceci est le devoir de l’Etat, de ses gouvernants et administrateurs.

 

Au-delà d’être des employés du service public, ils sont en tout premier lieu des citoyens Français qui ont choisi de servir leur pays. Vous vous devez donc principalement de leurs garantir des conditions de travail dignes et sécurisées. Ce n’est absolument pas le cas aujourd’hui.

 

D’ailleurs le mouvement social pénitentiaire de janvier 2018 a été l’écho de cette souffrance, ô combien devenue insupportable pour une profession toute entière. Il a été historique par sa durée, son ampleur et ses modes d'action. Quiconque ne saurait ignorer dorénavant toutes les causes qui ont amené les personnels à se mobilier de cette façon.

 

A la suite de la signature du relevé de conclusion avec une organisation syndicale, la rancœur et l’amertume d’une large majorité des Personnels à gravis un palier. Les mesures nationales actées ne sont pas à la hauteur des enjeux et ne répondent en rien aux

 

Ils demandaient de la sécurité, des moyens et de la considération hiérarchique et financière, a cela vous leur apporté, avec l’aide d’un syndicat déconnecté, rien de bien concret. D’ici quelques mois un bilan de la situation pourra être dressé mais nous pouvons dores et déjà annoncer qu’il sera tout autant catastrophique que celui qui à mener à la révolte.

 

La stigmatisation de nos responsables vis-à-vis des actions menées, s’est très rapidement faite ressentir durant la mobilisation. Elle s’est vite avérée aux vues des sanctions financières et administratives que vous avez diligentées.

 

FORCE OUVRIÈRE y voit là, une méthode et volonté de museler davantage la libre expression qui est donnée à chacun d’entre nous dans ce pays.

 

Considérant que ce mouvement était la conséquence d'une crise majeure et profonde qui dure depuis de nombreuses années, sans que personne n’ait été en capacité de la régler.

 

Considérant que dans le passé les gouvernements successifs n'ont pas été capables de donner à l'administration pénitentiaire, ainsi qu'à son personnel, les moyens humains, matériels et juridiques pour faire du bon travail en toute sécurité.

 

Considérant que par le passé, à de nombreuses reprises, des manifestations ont été organisées dans un cadre strictement légale pour dénoncer ces conditions de travail, sans que ces manifestations aboutissent à quelque chose de concret, si ce n'est être reçu pour écouter nos doléances.

 

Considérant que le mouvement social de janvier 2018 a été très majoritairement soutenu par l'ensemble de la population française.

 

Considérant que l'histoire a montré que des conflits qui pouvaient cesser n'ont fait que s'aggraver au fil du temps parce certaines parties n'ont pas su ou voulu trouver la voie de l'apaisement.

 

Considérant que ce qui sera perçu par le personnel comme une politique de répression engendrera un écœurement, une démobilisation et une perte de confiance envers son administration.

 

Considérant, en ce qui concerne les accusations d'arrêt maladie concerté, que rien n'a été prouvé puisqu'il n'y a eu aucun contrôle pour vérifier la véracité de chaque arrêt.

 

Considérant que les avancées salariales sont si faibles qu'il serait particulièrement odieux qu'au final les retenues sur salaire soient supérieures à ces faibles gains.

 

Considérant que même avec des aménagements, ces retenues auront des conséquences sociales graves et inacceptables.

 

Considérant qu'en temps normal l'administration pénitentiaire ne sait absolument pas reconnaître à sa juste valeur l'engagement et le dévouement quotidien de ses agents par les outils qui existent : médaille, TOS, élévation d'échelon … mais qu'en temps de crise cette même administration connaît parfaitement l'usage aveugle et démesuré de la sanction.

 

Pour l'ensemble de ces raisons et bien d'autres encore, notamment le principe selon lequel toute personne est animé par l'idée de ce qu'elle croit être juste ; nous vous demandons solennellement de faire en sorte qu'aucune sanction ou retenue de traitement ne soit prise à l'encontre du personnel de surveillance.

 

Dans l'attente d'une réponse positive de votre part, nous vous prions d'agréer, madame la ministre, en l'expression de notre plus profond respect.

 

Vendin-le-Vieil, le 15 mars 2018

Le Bureau Local

FORCE OUVRIÈRE

 

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