Prison de Maubeuge : Lettre ouverte au directeur de l'administration pénitentiaire


Objet : situation Centre pénitentiaire de Maubeuge.

Monsieur le Directeur,

Le Syndicat Local Pénitentiaire FO tenait à vous remercier tout d’abord de votre déplacement pour que vous puissiez prendre conscience de la situation de cet établissement, en espérant que celui-ci la fasse évoluer dans le bon sens.

Le Syndicat Local Pénitentiaire FO tenait à vous remercier de votre intervention auprès de la directrice interrégionale des Hauts de France pour la ramener à la raison suite à sa demande de mise en application des sanctions liées au mouvement social de Janvier 2018 alors que celles-ci avaient été reconnues contraire à la constitution.

Vouloir sanctionner les agents qui durant près de 18 mois ont travaillé en dépassant la barre des 108h trimestrielles pour assurer la continuité du service dans cette structure au détriment de leur vie personnelle et des risques psychosociaux que cela engendre, voilà encore une belle preuve de reconnaissance.

On pourrait y etre si bien au CP Maubeuge si on travaillait tous ensemble tous corps et grades confondus et non chacun pour son intérêt personnel.

Un établissement qui est géré de la même manière depuis trop longtemps alors que des constats sont faits, des agents que l’on tire vers le bas qui doivent avoir plus de patience que dans les autres établissements de France et de Navarre pour espérer pouvoir respirer de nouveau l’air pur, des services mal gérés, un manque d’humanité dans certaines conditions, une gestion à la baguette ( appels d’offres sortis après choix d’un agent sur un poste), équipes découvertes par la domination de « faisant fonction » pour assurer le service. Déshabiller Paul pour rhabiller Jacques n’a jamais fait bon ménage ! Nous sommes un établissement où les personnels n’ont pas été formés à recevoir certains profils comme les terroristes déjà affectés sur Maubeuge.

Le CP Maubeuge établissement « du pas de vague » ou des débuts d’émeute nécessitant la venue des ERIS après que les agents aient contenus un maximum les détenus en furie pour ne pas généraliser l’incident, mais encore une fois, personne de félicité ni remercié ! Nous préférons taire, se cacher et appuyer sur la tête des gens au lieu de les voir, les remarquer et les aider à avancer.

Les relations avec le parquet d’Avesnes sur Helpe, même si elle se sont un peu améliorées, ne sont pas satisfaisantes. Elles mettent les agents en difficulté, il n’y a pas une journée sans que l’un des nôtres ne soit entendu au parloir avocat pour toutes plaintes de population pénale. Les personnels travaillent en se disant est-ce que je fais bien, est-ce que je peux faire, de peur de se retrouver en garde à vue comme ce fut le cas en Juin 2018, ou après avoir confondu un personnel en le plaçant plus de 28 h en garde à vue pour rien et aujourd’hui, cela va faire bientôt deux années que des agents sont mis en examen, sans pour autant être convoqués régulièrement sur ce dossier. Lors d’un conseil d’évaluation, nous avons demandé la possibilité de mettre en place systématiquement la translation judiciaire pour les détenus ayant été condamnés pour un dossier avec du personnel local, comment expliquer aux personnels que quelques jours après leur agression, ils vont devoir de nouveau côtoyer leur agresseur.

Monsieur le Directeur, je vous transmets ci-dessous d’autres problématiques selon les thèmes suivants que nous développerai ci-dessous :

I. LA SECURITE

Pour lutter contre le bris de glacis et les projections, il serait opportun de réaliser des travaux, aujourd’hui les personnels ne sont alertes qu’une fois l’individu projette, le système actuel ne fait pas son effet. Il serait bon d’étudier les pistes suivantes pour éradiquer ce phénomène :

- Installation d’un câble choc sur le premier grillage ce qui alertera dès la découpe de celui-ci.

- Mise en place éclairage glacis, aucun éclairage extérieur excepté celui mis en place à l’ouverture de l’établissement qui n’éclaire qu’un coté.

- Mise en place de panneaux plein en lieu et place de ceux actuel, ce qui évitera le coupage.

- Mise en place ronde police durant les horaires sensibles des promenades.

- Couverture des cours de promenade.

Au niveau de l’abri famille, des projections sont effectuées sur le terrain de sport, une rehausse grillage devait etre posée, nous sommes toujours en attente de celle-ci.

Le domaine est ouvert à toute circulation jour et nuit, les personnels n’ont pas de parking sécurisé. Est-ce qu’une étude pour clôturer le domaine avec portail peut être envisagé ?

Alors que la France est encore en vigilance attentat, aujourd’hui le mess de l’établissement reste ouvert jour et nuit laissant l’accès libre au niveau des chambres de nos stagiaires sur le site. Il faudrait mettre un contrôle d’accès par badge ou mise à disposition de clés aux hébergeant, organisations syndicales et formateur.

La mise en place de contrôle avec une brigade canine lors des entrés parloirs serait également salutaire.

Malgré le plan régional de fouille sectorielle mis en place en 2019, il serait opportun de procéder à une fouille générale de l’établissement.

Réparer rapidement des caillebotis détériorés, cela éviterait comme on a pu le voir récemment que les projections se retrouvent directement dans les cellules.

La mise en place d’un téléphone pour le gradé de roulement pour qu’il puisse être en mesure de mettre en relation les détenus avec le médecin régulateur du SAMU comme cela est préconisé dans le guide méthodologique de la prise en charge des détenus, cette demande avait été acté en comité technique en Avril 2019 mais toujours pas mise en application.

Nous vous Demandons également la création d’un effet désinhibition des SAS pour faciliter l’accès en cas d’intervention, sujet déjà abordé en comité technique. On devait nous fournir preuve de devis et saisie DI toujours en attente.

Concernant les problématiques de sécurité périmétrique, les contrôles de la brigade canine et les rondes polices, ces demandes ont déjà été soulevés à plusieurs reprises en conseil d’évaluation, une demande d’audience au sous-préfet lui a été faite récemment par notre organisation.

Afin de fluidifier la gestion de la détention, il serait opportun de travailler à réorganiser les mouvements des détenus.

II. LES RESSOURCES HUMAINES

Les personnels en tenue

Actuellement les personnels de surveillance sont en demande pour changer de service afin d’avoir une vie personnelle et sociale plus équilibrées. Ils exécutent des heures supplémentaires tous les mois et travaillent plusieurs fois dans l’année sur des périodes de volantes (période ou l’OMAP local les considère d’astreinte (et tout cela sans prime) en ne respectant pas la charte d’organisation des services en ne planifiant pas six jours auparavant leur service.). Des propositions de service ont été faites par notre organisation, le service des agents du CP Maubeuge devient une urgence.

Malgré la création de 16 postes de surveillant en CAP en 2018, des personnels ont obtenu des concours et ont quitté l’effectif, il y a également une carence en premier surveillant.

L’organigramme de l’établissement date de son ouverture serait-il possible de prévoir un audit afin de le faire évoluer ?

Les personnels d’insertion et de probation (milieu fermé)

Actuellement, il y a aucun personnel de direction sur notre établissement, seul cinq personnels y sont affectés.

Vu l’absence actuelle d’un conseiller, le service est géré que par quatre personnes qui doivent s’occuper chacune de 115 dossiers et vu le départ futur d’un personnel en congé maternité, la situation deviendra ingérable.

Ses personnels rencontrent des difficultés au niveau de la Maison d’Arrêt pour leur audience car les bureaux qui ont été construit mais ne sont toujours pas mis en service (manque de mobilier et réseaux informatique).

Le greffe

Depuis peu, sept agents y sont affectés dont la responsable qui va bientôt partir en congé maternité et un agent nouvellement affecté qui n’est pas autonome. La prise en considération de ce service pour les prochaines semaines doit etre prise avec attention pour éviter de mettre les agents en difficulté.

De plus lors de l’absence pour congé de la seule surveillante affectée à ce service, il se pose une difficulté pour les notifications car très souvent aucun personnel n’est prévu.

Il est à noter également que les notations des personnels n’ont pas été effectuées depuis plusieurs années. Lors d’un comité technique en 2019, le chef d’établissement s’était engagé à les remettre en place.

III. LE DIALOGUE SOCIAL

Au niveau local, les membres de la direction restent accessibles à nos demandes d’entretien mais néanmoins, on peut déplorer qu’il n’y a aucun suivi dans les décisions actées en instance. Le suivi des projets qui doit etre envoyés deux mois apres l’instance ne l’est jamais, aucuns justificatifs nous est remis pour les refus de demande.

Le Comité Technique doit être un organe de travail et non une chambre d’enregistrement et ne mettant rien en place.

L’arrivée récente de nouveaux personnels de direction donnait espoir aux personnels d’un renouveau mais après les beaux discours de fin de service « vous devez être acteur » celui-ci a vite pris fin avec la valse des demandes d’explications et des notes de services dont certain contraire à la réglementation (Note SRH 56-02).

A ce jour, on réprime les surveillants mais on attend toujours de nouvelles notes de fonctionnement, de nouveaux planning d’activité et de nouvelles consignes à l’attention de la population pénale. Il ne faut pas oublier qu’il ne faut pas marcher sur ces personnels pour grandir.

IV. L’HYGIENE ET LES CONDITIONS DE TRAVAIL

A ce jour toujours pas de médecin de prévention sur l’établissement, les personnels sont obligés de faire 90 km pour consulter, les visites après un accident de travail ne sont pas faites, les visites annuelles non plus.

Il y a une extrême nécessité de rénover les douches des personnels masculin ainsi que celle du personnel féminin, je vous invite à y jeter un œil avant votre départ.

Le Syndicat Local Pénitentiaire FO réitère sa demande de mise en place de sanitaires dans le poste de surveillance promenade. Comment est-ce possible qu’en 2019 des personnels féminins ont dû uriner dans un seau ?

Le Syndicat Local Pénitentiaire FO demande que la psychologue des personnels soient avisés de chaque agression ou situation anxiogène que les personnels auraient pu avoir à subir.

Le Syndicat Local Pénitentiaire FO demande la remise en place du COPIL VIOLENCE inexistant depuis 2016, et la création d’un groupe de travail sur les mouvements en détention.

Monsieur le Directeur, il est venu le temps que notre administration nous voie, nous entende et nous épaule.

La réforme des retraites n’aura jamais d’effet sur des personnels qui tombent gravement malades avant l’âge légal, faute de pénibilité du travail et de pénibilité relationnelle sans cesse reconduits.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Directeur, mes salutations distinguées.

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